Par Sami Aouadi (*)

L’importance stratégique du secteur touristique dans notre pays est indéniable. Je me limite à en rappeler quelques aspects. C’est un des rares secteurs qui demeurent fortement intensifs en travail et pourvoyeur d’emplois directs et surtout indirects. Les recettes en devises qu’il génère alimentent les réserves de la Banque Centrale, atténuent les déficits extérieurs et le recours à l'endettement pour financer les importations tant pour les besoins des ménages que des entreprises. Il est peu couteux en devises contrairement à d’autres secteurs pourtant réputés exportateurs comme le textile et l’électronique. Il exerce des effets d’entraînement sur plusieurs autres secteurs comme l’agro-alimentaire, le transport, l’artisanat, la culture et l’animation, le commerce de détail,…

Ces dernières années des efforts ont été fournis pour pallier les défaillances en termes de qualité, améliorer le taux de fidélité hélas parmi les plus faibles et promouvoir de nouveaux produits. En 2010, le secteur  a enregistré 21.2 millions de nuitées et accueilli 6.8 millions de touristes, représenté environ 7% du PIB, drainé 3500 millions de dinars de recettes et faisait vivre 150 mille personnes en emploi direct et 250 mille personnes en emploi indirect.

Au ministère d’un tourisme on calcule que 15 touristes en moyenne sur année pleine engendrent 1 emploi direct et 1.4 emploi indirect. Tous ces indicateurs ont dégringolé de 30 à 40% en 2011 du fait des retombées de la révolution (bus de voyagistes étrangers attaqué en présence d’un ministre par exemple) alors que la solidarité internationale avec notre pays battait son plein et l’image de la Tunisie resplendissait comme jamais par la beauté de sa révolution salvatrice. Soudain surgissent les salafistes avec leurs barbes hursites et tenues afghanes. Dernièrement, ils ont pris d’assaut l’aéroport international de Tunis  Carthage, un forfait largement diffusé par une chaîne française. Le jour où les salafistes grimpèrent hardiment l’horloge de Bab Bhar (place de la révolution) et y accrochèrent leur sinistre drapeau devant une police curieusement molle et passive, une célèbre chaîne allemande ouvrit son télé journal sur cette scène durant deux interminables minutes. Dans la semaine qui suivit, 30% des réservations ont été annulés par divers tours operators et les 40 millions de dinars dépensés par le ministère du tourisme au titre de la campagne publicitaire s’envolèrent entraînant avec eux les attentes et espoirs tant des hôteliers tunisiens que des dizaines de milliers de leurs ouvriers en chômage technique depuis plusieurs mois et sans revenu. Ils ont des enfants à nourrir, à scolariser, soigner et habiller mais les salafistes et leurs protecteurs pour ne pas dire sponsors s’en foutent. Ils s’en foutent aussi de l’enlisement des hôteliers dans l’endettement à court terme, car quand les hôtels sont vides ou presque non seulement l’argent ne rentre pas mais il sort en raison des  inévitables dépenses d’entretien. Le gouvernement ne semble pas se soucier de cette catastrophe. Seules les revendications sociales de l’UGTT et politiques de l’opposition et de la population en général lui fait dresser les cheveux et crier au complot.

Voici ce que coûte le salafisme non seulement au tourisme mais à l’ensemble de l’économie en plus des atteintes à nos libertés et choix sociétaux. Voici la facture que nous payons, ceux les plus précaires d’entre nous surtout, en raison de la passivité de la police et de l’armée et de l’indulgence voire la permissivité du parti Ennahdha qui n’est pas disposé à perturber son système occulte et parallèle d’alliance, voire son référentiel idéologique qu’il a fait ingurgité à ses adeptes durant de longues années, celles des cellules dormantes lorsque les Ben Ali et les Trabelsi et consorts sévissaient dans le pays.

Les données du dernier moi, encore loin de revenir aux résultats de 2010 semblent redresser un peu la situation, les hôteliers mais aussi des responsables du secteur ne sont pas restés les mains croisés.  SOYONS SOLIDAIRES, SOUTENONS NOTRE ECONOMIE INDEPENDAMENT DE CELUI QUI DIRIGE NOTRE PAYS.

(*) Sami AOUADI, professeur d’économie à l’Université de Tunis et syndicaliste